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Les images ont tenu dans l’Occident médiéval une place paradoxale. Les autorités ecclésiastiques se sont toujours gardées de leur accorder une valeur sacrée, afin d’ériger un mur entre la religiosité populaire et les rites païens dont l’empreinte n’avait jamais disparu. Pourtant, aucune matière, aucune couleur, aucun ornement n’était assez beau pour rendre hommage à Dieu et à ses saints dans les lieux où l’on célébrait leur culte. Les histoires, les allégories figurées sur les murs, dans les vitraux et dans les livres entendaient donner vie à ce que la Parole enseignait. Plus encore, traduire par l’image les vérités chrétiennes fut, au sein des établissements religieux, avant l’essor des métiers d’art dans les villes, un authentique acte de foi et de connaissance pour les dessinateurs, peintres et sculpteurs qui dédiaient leur vie à la copie des œuvres écrites, saintes ou profanes, ou à l’édification des églises, monastiques ou séculières. On ne trouvera ici ni l’évocation d’un Moyen Âge pittoresque ni un catalogue d’images pieuses. Il s’agit de plonger dans une lecture du monde étrangère à notre présent, de regarder une société ancienne à travers les lunettes de ses propres catégories de pensée, et de saisir au moyen des innombrables images qui nous sont parvenues, l’ontologie, c’est-à-dire l’ordre des choses par lequel la civilisation de l’Occident médiéval peut être reconnue comme nulle autre.