Image mentale

Thématique iconographique

La notion d’image comme empreinte n’appartient pas seulement au domaine des realia. La psychologie augustinienne qui a imprègne toute la philosophie médiévale fait de l’imago, équivalent latin du grec phantasma (Aristote, De anima), l’outil principal de la pensée. Selon le De Trinitate d’Augustin, toute pensée (cogitatio) dépend de la formation dans l’esprit d’images mentales, qui dépendent elles-mêmes d’actes de conscience associés aux sensations et à l’expérience du monde. Ces images mentales, fabriquées à partir de toutes les sensations (et non seulement des sensations visuelles), laissent une trace dans l’esprit comme le sceau dans la cire (Trin., 10, 2). Ainsi mémoire, souvenir et intellection sont-ils indissociables et conditionnés par la capacité de l’esprit à créer des images mentales.

Le Moyen Âge ignore l’inconscient ; toute pensée est le fruit de la volonté du sujet, l’œuvre de Dieu ou bien celle du démon. Lorsque saint Benoît ressent les tentations de la chair, la raison en est que l’esprit malin a remis devant son œil intérieur le souvenir d’une femme aperçue auparavant ; cette vision allume une flamme d’amour dans son cœur, manifestant le pouvoir de l’image mentale sur les mouvements de la pensée (Grégoire le Grand, Dialogues, 2, 2).

De cette importance accordée à la visualité dans la psychologie cognitive médiévale découle sans aucun doute l’attitude des scholastiques à l’égard de l’enseignement par l’image, qui place les faits devant les yeux, tandis que l’écriture délivre une compréhension des choses moins directe. L’image matérielle peut dès lors imprimer dans l’esprit les pièces nécessaires à la construction d’une pensée pieuse.

Elle peut notamment être constituée d’une série d’indices, de signa, conçus comme autant de modules de sens appelés à être réunis au sein d’une image mentale cohérente. Le recours à la métonymie, aux indices et aux signes pointe les insuffisances intrinsèques de la représentation figurative et de la perception sensorielle en général : elles sont des seuils à franchir pour accéder à une dimension spirituelle supérieure. En définitive, c’est du manque que naît l’élan vers le sacré.

La formation d’images mentales à partir de perceptions, d’enseignements ou d’images matérielles (et surtout de la réunion de ces trois modalités) et le processus d’intellection qui se fonde sur elles, donne lieu à la recomposition d’une véritable vision intérieure, expérience d’une présence divine. Si cette re-présentation est possible, dans le cas des images-corps, grâce au médium de l’œuvre d’art, ici elle se fait de façon immédiate, car elle prend forme dans l’esprit qui la génère. La vision n’est pas ici une irruption miraculeuse de la divinité qui descend vers le sujet, elle est une émanation des mouvements de son âme guidés par la piété. L’iconographie de la fin du Moyen Âge met en scène ce mécanisme par des constructions topologiques, où s’ouvrent des espaces visuels (images de l’intériorité) dans le lieu de méditation du fidèle.


Collectif OCMI-INHA, Ontologie du christianisme médiéval en images, consulté le 23 October 2020, https://omci.inha.fr/s/ocmi/item/24