Âme intellectuelle

Thématique iconographique

Principe immatériel infusé dans un corps de chair, l’âme, et surtout sa partie intellectuelle (le mens), représente par essence le lien avec l’abstraction et le spirituel. Par sa capacité de perception et de réflexion, l’âme est l’interface qui peut permettre la communication avec Dieu, selon des modalités qui sont néanmoins marquées par les conséquences du Péché Originel.

L’âme est un principe de compréhension du monde, le siège de la raison. Elle se décline sous deux formes, notamment chez Augustin d’Hippone et Thomas d’Aquin, qui qualifient deux puissances réflexives dans l’âme. Augustin associe ainsi les désirs et la perception à une âme irrationnelle — capable de raisonnement, mais dans la limite de ce que lui prodiguent les sens et l’expérience. Cette disposition de l’âme s’oppose à la partie la plus haute qui ne s’appuie pas sur les données sensorielles pour comprendre les réalités de la sphère spirituelle. La distinction est particulièrement marquée chez Thomas d’Aquin, qui distingue clairement les deux éléments, avec toutefois une terminologie différente, puisqu’il ne qualifie pas la première comme étant « irrationnelle » : pour lui, c’est la ratio, qui s’oppose à la dimension intuitive, abstraite, de l’intellectus. Cette dernière constitue la partie la plus élevée de l’âme humaine, faite à l’image de Dieu (voir image comme similitude divine), seul capable de s’élever vers Lui, tandis que les autres ne sont que des principes vitaux destinés au bon fonctionnement du corps.

La psychologie médiévale, largement d’inspiration augustinienne, distingue de manière radicale et binaire le temps de l’expérience sensible du temps de l’intellection. Ainsi, mémoire, souvenir, imagination appartiennent unilatéralement aux activités intellectuelles de l’âme. De ces activités, dont l’expérience sensible est (et doit rester) absente, procèdent toute production d’idée et toute compréhension. C’est par conséquent du fonctionnement autonome de l’âme intellectuelle que découlent la formation des images mentales.

Avec le Péché Originel, l’homme a perdu la perfection de son modèle. Cette perte d’intelligibilité du Verbe rend nécessaire le recours au signum pour déchiffrer la Création et comprendre la volonté de Dieu. L’Homme fait appel aux capacités intellectuelles de son âme pour compenser cette opacité du monde et des voies divines.

L’accès à la connaissance de l’immatériel ne se produit qu’en fonction d’états corporels particuliers (sommeil, prière, méditation, voir corps ascétique). L’activité mentale extrême, que l’alitement peut représenter, est une caractéristique de l’état inspiré de l’auteur ou du moine visionnaire. Dès lors, sous l’action de la providence et sous la forme de visions (voir vision intellectuelle) l’âme intellectuelle saisit des vérités inaccessibles aux sens, qu’elle devient à même de transmettre à la communauté (voir révélation médiate).


Collectif OCMI-INHA, Ontologie du christianisme médiéval en images, consulté le 30 May 2020, https://omci.inha.fr/s/ocmi/item/13