Révélation du Verbe

Rubrique

La révélation désigne l’action de se découvrir, de se dévoiler (revelare signifie rejeter le voile en arrière), de se rendre visible, manifeste (φανερόω en grec ancien). Elle implique un processus continu au cours du temps historique et place la connaissance de Dieu en regard de ses créatures. Cette rubrique se concentre sur les modalités de la force agissante que Dieu emploie pour faire percevoir à ses créatures l’ordonnancement du monde, son « dessein » ou plan divin, qui leur permet de se préparer à la révélation de l’Apocalypse, accomplissement dernier et récapitulatif de la fin des temps.

Le Verbe est entendu à la fois comme l’ensemble des transcriptions et des proférations humaines des enseignements que Dieu a révélés à l’homme dans l’Histoire et comme l’entité englobante et organisatrice renvoyant à Dieu lui-même s’adressant directement aux hommes. Cette révélation est consignée dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

Le processus de révélation divine se place dans une logique de progression, au prisme de l’écoulement du temps historique : tout d’abord, les prophètes et patriarches de l’Ancien Testament qui ont consigné leur connaissance de Dieu avant son Incarnation en la personne du Christ et ont préparé sa venue ; puis le Christ lui-même (dont le nom, χριστός, signifie le Messie, l’oint de Dieu), révélation vivante, dont la résurrection le jour de Pâques confirme et accomplit sa nature divine. Après son ascension et la descente de l’Esprit saint le jour de la Pentecôte, il a légué à ses disciples ses enseignements et le témoignage de sa vie. Ce double héritage de mots et d’actions a été consigné par les évangélistes et les disciples dans le Nouveau Testament. La troisième scansion du temps historique, avant la fin des temps et la révélation finale de l’Apocalypse (qui signifie révélation en grec ancien), est celle de l’Église, héritière des enseignements des apôtres et chargée de diffuser l’Évangile.

La naissance du Christ clôt d’une certaine manière la révélation divine, le Messie et Fils de Dieu s’étant fait homme. Mais après sa mort et sa résurrection, les écrits laissés par ses disciples et apôtres ont servi de base à une interprétation de la Bible par les docteurs et pères de l’Église. Ceux-ci, suivant le principe de l’accomplissement des Écritures déjà présent dans l’Ancien Testament et qui se manifeste dans les propres paroles du Christ et les épîtres de ses proches, ont cherché à lier Ancien et Nouveau Testament, et ont ainsi fondé un des mécanismes principaux de l’exégèse chrétienne : la typologie. Il s’agit d’un système de pensée d’ordre providentiel, central dans la cosmologie de l’époque médiévale, comme le souligne Erich Auerbach dans Figura (1938). La typologie est ainsi utilisée comme un des fondements pour mettre en valeur la connaissance de Dieu visible dans le Christ, qui constitue notre première thématique : la révélation christologique.

Le départ du Christ et son Ascension après sa Résurrection marquent également l’entrée dans un nouveau temps : le temps de l’Église, qui prend en charge l’héritage légué par le Christ-Messie et élabore de nouveaux enseignements, qui sont peu à peu révélés et reçus. Notre deuxième axe traite de la révélation apostolique, qui se fonde sur l’héritage des premiers apôtres, « piliers » de l’Église, et sur la chaîne de transmission qu’ils induisent au cours du temps : la révélation transmise.

La troisième thématique de la rubrique se concentre sur les messagers de la révélation, intermédiaires entre Dieu et le peuple. Il s’agit de purs esprits (anges) ou d’hommes élus (les prophètes, saint Jean dans l’Apocalypse), missionnés, inspirés ou ravis par Dieu pour parler en son nom. On parlera en l’occurrence de révélation médiate.


Collectif OCMI-INHA, Ontologie du christianisme médiéval en images, consulté le 20 February 2020, https://omci.inha.fr/s/ocmi/item/8