Salut par le jugement

Thématique iconographique

Les fins dernières de l’Homme sont dès l’origine une composante fondamentale du christianisme. Le Jugement dernier des vivants et des morts constitue l’horizon de l’histoire du salut pour tout le genre humain : le Christ, au moment de la Parousie, doit venir récapituler toute la Création pour la remettre à son Père. À ce moment, les morts retrouveront leur corps séparé de leur âme depuis la mort et seront jugés avec les vivants ; le Christ séparera les justes — qu’il placera à sa droite pour les accueillir au royaume des cieux — des impies, voués au feu éternel de l’enfer. La théologie du Jugement dernier s’appuie sur l’Ancien Testament (certaines visions d’Ézéchiel, de Daniel ou du Livre de Job) et sur le Nouveau Testament (Mt 24, 25 ; 1 Th 4 ; Ap 20, 11-15).

Les images nombreuses sur ce thème accompagnent le développement de la pensée théologique particulièrement à partir du XIe siècle. Les théologiens cherchent alors à en déterminer les modalités très concrètes. Honorius Augustodunensis précise que les hommes ressusciteront dans leur corps à l’âge parfait de trente ans, sans aucune infirmité. Au XIIe siècle, les grands programmes des tympans des portails monumentaux (Autun, Conques, Vézelay, Bourges…) s’emparent de ce thème. Le Christ-juge trône en majesté entre la Vierge et saint Jean-Baptiste, entouré par les anges qui portent les arma Christi, et en présence des évangélistes qui renvoient aux "vivants" de la vision d’Ezéchiel et de l’Apocalypse. L’archange saint Michel effectue la psychostasie ou pesée des âmes que cherchent à lui disputer les démons.

À l’importance accordée au jugement eschatologique aux XIIe-XIIIe siècles succède un intérêt nouveau pour le jugement particulier qui accompagne l’individualisation de la spiritualité à la fin du Moyen Âge. Ce jugement individuel, ou de l’âme séparée (du corps), montre l’intérêt croissant à partir du XIIe siècle pour la destinée de l’âme entre la mort et la fin des temps. Des débats théologiques agitent la question que vient raviver la querelle sur la vision béatifique au XIVe siècle. Le pape Benoît XII impose en 1336, dans la définition Benedictus Deus, la conception selon laquelle l’âme peut accéder à la vision béatifique dès sa mort ou à l’enfer selon son jugement particulier.

L’idée d’une rémission de certains péchés dans l’au-delà, conjuguée à celle d’une efficacité des prières pour en hâter le dénouement, remonte au moins à l’Antiquité tardive. Sur elle repose la légitimité de toutes les pratiques mémorielles associées au défunt au cours du Moyen Âge. Ses fondements se trouvent dans le De cura pro mortuis gerenda d’Augustin d’Hippone, texte extrêmement bien connu au Moyen Âge. On peut y lire que les trois seules manières d’honorer les défunts sont « l’autel, la prière et l’aumône ». Hugues d’Amiens (v. 1085-1164) écrira que les vivants ne peuvent rien pour la rémission des péchés des morts, mais qu’ils peuvent prier pour alléger leurs peine purgatoires. La montée en puissance, de l’époque carolingienne au XIIe siècle, du rôle des abbayes dans la mémoire des morts, justifiée par l’idée que la donation des biens du défunt à l’Église revient à consacrer ces biens à l’aumône, aboutit à la théorisation par les milieux monastiques du processus de purgation des péchés. Le processus se concrétise dans l’image d’un lieu intermédiaire entre le paradis et l’enfer — le purgatoire —, où les âmes souffrent pour la rémission de leurs péchés.


Collectif OCMI-INHA, Ontologie du christianisme médiéval en images, consulté le 26 November 2020, https://omci.inha.fr/s/ocmi/item/45