Salut dans la communauté

Thématique iconographique

La conception médiévale du salut se décline en deux dimensions complémentaires : la dimension communautaire et la dimension individuelle.

L’importance de la dimension communautaire tient à plusieurs raisons. La première est la nécessité de passer par la médiation de l’Église pour obtenir le salut. L’Église s’entend ici comme la dispensatrice des biens spirituels et comme le prolongement de l’action salvifique du Christ réalisée sur la croix, et ceci jusqu’à la fin des temps. Elle applique le trésor spirituel des mérites du Christ à ses membres. Le moyen efficace d’être sauvé de la mort éternelle est d’être racheté par le baptême, que seule l’Église dispense. Les autres raisons en découlent : le moyen incontournable pour obtenir la rédemption des péchés et grandir dans la vie divine (ou grâce) est de recevoir les sacrements, qu’inaugure le baptême. Le moyen de se maintenir dans cet état passe particulièrement par la fréquentation du sacrement eucharistique et celui de la pénitence. La représentation accompagne les développements de la théologie sacramentelle tout au long du Moyen Âge.

En outre, la réception du baptême agrège le néophyte à la communauté de l’Église et accroit les solidarités spirituelles (communion des saints) qui la composent. La liturgie formalise ces rapports entre l’homme et le divin, mais aussi entre les membres de l’Église-communauté, ou Église-communion, dans un ensemble fortement hiérarchisé. L’image médiévale, en représentant le monde invisible des anges et des élus, celui des saints et celui des damnés, donne à voir les liens qui unissent ou séparent les membres de l’Église visible et de l’Église invisible. Ces liens se traduisent en échanges selon divers modes pour former une communion spirituelle entre tous les membres. Les saints et les anges se trouvent placés en intermédiaires entre Dieu et les hommes : ils exercent des fonctions de protection et d’intercession vectrices de salut. Les clercs, par le ministère desquels sont donnés les sacrements, prennent au Moyen Âge un rôle incontournable comme médiateurs du divin.

L’image paulinienne de l’Église-corps du Christ marque profondément la conception de la communauté formée de membres dépendants les uns des autres sous l’autorité de la tête qui est le Christ lui-même (Ep 1, 23). Paul précise que le Christ est le sauveur de son corps (Ep 5, 30). L’action des membres du corps envers les autres prend deux aspects selon qu’ils sont vivants ou défunts : pour les vivants, par le mode de l’absolution, dont le clergé détient le monopole efficace, tandis que le mode de l’intercession pour les défunts relève de tous les membres, à travers les suffrages adressés aux puissances célestes par les anges et les saints. Les liens entre individus et entre l’individu et le groupe sont donc essentiels : ils constituent la communauté du salut en établissant un réseau étroit de liens et d’interdépendances.

Aux origines de la longue histoire de la liturgie funéraire, Grégoire le Grand affirme l’utilité de la messe pour le salut des âmes (Dialogues 4, 57-62). À la fin du Moyen Âge, une conception « comptable » de l’acquisition des mérites au profit des défunts peut parfois se faire jour. La période est riche en débats sur la capacité de l’Église à remettre au pécheur pardonné par le sacrement de pénitence la peine temporelle due au péché. Le principe de l’indulgence, d’abord rejeté par Abélard, soulève des hésitations chez les premiers théologiens scolastiques. Thomas d’Aquin en voit le fondement dans le « pouvoir des clés » (Thomas d’Aquin, Contra Gentiles 4, 76, vers 1260) remis par le Christ à l’Église, à travers saint Pierre et ses successeurs, de lier et de délier au Ciel et sur la Terre (Mt 16, 19).


Collectif OCMI-INHA, Ontologie du christianisme médiéval en images, consulté le 2 June 2020, https://omci.inha.fr/s/ocmi/item/43