Corps spiritualisé

Thématique iconographique

La théologie de la résurrection des corps se fonde sur le chapitre 15 de la Première Épître aux Corinthiens. Contrairement aux platoniciens, qui dénoncent le corps comme origine du vice, Paul de Tarse affirme qu’il existe des corps terrestres et des corps célestes. Le corps est donc élément primordial dans l’économie du Salut, puisque l’incarnation du Christ, en permettant la restauration de la similitude originelle entre l’Homme et Dieu, annonce la renaissance complète du corps : « de même que tous meurent en Adam, tous revivront dans le Christ » (v. 22). La spiritualisation et la purification du corps sont autant de façons de le préparer à la résurrection dans un corps céleste, où le corps vivra selon l’esprit et non plus selon la chair (Augustin d’Hippone, La Cité de Dieu 14).

À l’image de ce que l’on peut lire chez Paul, le corps spiritualisé tel qu’il peut être décrit notamment par Robert Grosseteste entre 1225 et 1230 semble dépouillé de sa matérialité : lumineux, libéré des pesanteurs terrestres, dans un état de stase permanente, il ne vieillit ni ne se transforme ou se dégrade. Cette description rassemble les qualificatifs qu’on retrouve fréquemment chez d’autres auteurs quand il s’agit de décrire des corps saints ou sanctifiés. La chair n’est pas absente. Purifiée, elle est désormais en harmonie avec composante supérieure de l’être : l’esprit.

La fin du Moyen Âge laisse ainsi place à une piété très incarnée qui se traduit par la performance du corps du dévot et le rappel constant des souffrances que le Christ a ressenties dans sa chair. L’affect occupe à cette époque une place primordiale dans l’efficacité de la pénitence et de l’exercice de la piété. Ainsi, l’imitatio christi passe par des gestes, des performances affectives et corporelles, par un re-jeu profondément enraciné dans le corps.

Suivant le modèle paulinien, c’est par la souffrance, par une altération particulière du corps et surtout la mortification de la chair que l’on peut purifier, individuellement ou collectivement, le corps de chair ou le corps social. L’ascèse demeure le modèle absolu du gouvernement de l’esprit sur la chair. Cette mise en retrait du corps est le moyen d’une élévation spirituelle, modèle favorisé par les règles monastiques qui recommandent la mesure dans tous les gestes de la vie. Ce n’est toutefois qu’un processus partiel et inachevé, une mise à l’épreuve et un entraînement, préalables à la mort, qui elle-même sera suivie par la résurrection.

Celui-ci est revenu à sa configuration primordiale et idéale, si profondément uni à son âme qu’il en acquiert les propriétés. C’est par la projection du corps spirituel en dehors du corps charnel que saint Jean peut ainsi expérimenter cet état de son vivant.


Collectif OCMI-INHA, Ontologie du christianisme médiéval en images, consulté le 28 October 2020, https://omci.inha.fr/s/ocmi/item/19