Âme

Rubrique

Le terme « âme » est issu du grec ἄνεμο, qui a donné le latin anima : il désigne le principe vital analogue au souffle ou à la respiration. L’âme constitue le siège des émotions, de la sensibilité, de la conscience et de la raison. Sa substance est définie par les théologiens comme étant incorruptible et immortelle, incorporelle mais assurant la pérennité de la personne après sa séparation du corps.

La terminologie qui entoure l’âme est assez variée au Moyen Âge et témoigne des débats sur sa nature et des tentatives de définition dont elle a fait l’objet : anima, mens, intellectus, spiritus, ratio, sont ainsi employés ou associés tour à tour pour désigner tout ou partie des facultés mentales de l’homme. Paul de Tarse (1 Thes 5, 23) distingue d’abord le principe vital (anima, psyché) de l’esprit communiqué par Dieu (spiritus, pneuma). Cette partition en deux composantes fonctionnelles, le souffle ou principe vital, et l’activité spirituelle/intellectuelle, constitue la base d’une grande partie des réflexions sur la nature de l’âme. La terminologie d’Augustin d’Hippone (différente de celle de Paul) est celle qui exprime le plus clairement cet enjeu — nous l’avons donc adoptée tout au long de la rubrique : spiritus est le principe vital ; mens, le siège des activités spirituelles et intellectuelles. Ces termes constituent les prémices des puissances de l’âme telles que théorisées par la scolastique : l’âme végétative, qui permet la croissance et l’engendrement ; l’âme sensitive, qui permet la sensation ; l’âme rationnelle, recoupant le mens augustinien et, conçue à l’image de Dieu, consacrant la singularité de l’homme. Cette partie de l’âme, à la ressemblance du Créateur, est la source des capacités cognitives qui distinguent l’homme des animaux : langage, jugement, conscience de soi. L’âme a une origine divine, qu’elle ait été créée en même temps que toutes les autres au commencement des temps, ou qu’elle soit créée individuellement à chaque conception. Elle est autonome et transcendante, mais cette stricte séparation entre le corps et sa substance spirituelle est débattue à partir des commentaires sur le De anima d’Aristote qui lie étroitement les deux composantes de l’Homme, tout comme la forme est liée à la matière. Les disputes théologiques donneront aussi naissance à des conceptions plus matérialistes de l’âme ainsi qu’à l’idée de la séparation de l’âme et de l’intellect (dans le sillage d’Averroès), sans que la stabilité du mode de représentation figurative de l’âme n’en soit affectée.

La rubrique s’organise en trois questionnements : le premier concerne la façon dont les deux principes majeurs de l’âme, le mens et le spiritus, se définissent et s’articulent entre eux pour différencier un principe vital et un principe intellectuel de compréhension du monde et de relation à Dieu.

Le deuxième questionnement concerne la relation entre l’âme et la notion de personne : étant le siège des fonctions vitales et intellectuelles, l’âme est aussi dépositaire de la personnalité qu’elle sert à désigner, et dont elle assure la pérennité jusqu’au Jugement Dernier. 

Sera enfin questionnée la substance de l’âme, vis-à-vis du corps dont elle adopte la forme mais pas la matérialité, mais aussi dans ses différentes déclinaisons telles que la lumière. Celle-ci apparaît comme une transcription visuelle des qualités substantielles de l’âme, de même que le souffle auquel elle est associée, qualités que nous regrouperons sous le terme d’âme in-formée.


Collectif OCMI-INHA, Ontologie du christianisme médiéval en images, consulté le 30 May 2020, https://omci.inha.fr/s/ocmi/item/2