Corps

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L’Homme étant par définition composé d’une âme et d’un corps, ce dernier peut se définir comme sa part matérielle et périssable. Créé par Dieu à partir de la terre, le corps est ainsi du côté du sensible, du tangible, et en relation avec l’ensemble du cosmos dont l’Homme est la créature dominante. Par ce modelage primordial à partir de la glaise, le corps se caractérise aussi par sa malléabilité. Son caractère passif et influençable fait du corps le réceptacle du péché. Le terme de chair (sarx) désigne originellement la condition de créature mais prend une dimension morale chez Paul de Tarse pour qui la chair est intimement liée au péché et aux qualités négatives du corps (Ro 7,16-25 et 8, 4-1). Ainsi, s’impose la nécessité d’un contrôle et d’une domination de l’esprit sur le corps qui se doit de demeurer dans une passivité qui garantit le fonctionnement harmonieux de l’être. Le regard porté sur le corps oscille donc entre cette méfiance liée au péché, puisque le péché originel fut de nature charnelle (d’orgueil d’abord, puis de luxure), et une valorisation liée au mystère de l’Incarnation. Le corps et ses activités, ses mouvements, ne sont pas mauvais ou bons en eux-mêmes ; leur valeur dépend plutôt de l’esprit qui les commande.

On peut envisager les manifestations du corps dans la pensée visuelle médiévale sous deux aspects. Le premier concerne sa constitution, à travers ses qualités matérielles et substantielles, et le second, les conséquences de sa malléabilité, à savoir ses modalités de transformation.

Constitution

Le corps se définit donc avant tout comme une matière modelée selon certaines proportions et qui possède des qualités propres, dont celle d’être un contenant pour l’âme. Elle a aussi pour propriété essentielle d’être périssable.

Les propriétés substantielles du corps tel qu’il a été créé par Dieu lui permettent aussi de se placer dans un rapport analogique vis-à-vis du cosmos, soit que les éléments naturels fassent signe vers lui, soit que sa structure et son organisation fassent signe vers ce qui l’entoure.

Le corps, par sa substance malléable et sa capacité à faire signe vers d’autres choses, est aussi un lieu privilégié de l’expression d’une relation d’image.

Transformation

Le fonctionnement du corps ne se limite pas à la somme des éléments naturels qui le composent et interagissent avec lui. Il est avant tout habité. Tout corps possède une âme qui exerce sur lui un contrôle, altère sa forme et son comportement.

De par sa nature matérielle, le corps est une substance soumise à l’influence d’éléments qui peuvent le dominer sont et susceptibles d’altérer sa forme. La maladie, le péché causant le dérèglement de l’harmonie avec l’âme, la possession démoniaque modifient la forme du corps, exprimant des états dégradés de la chair dans sa relation à l’esprit.

Cette malléabilité négative peut naturellement être contrebalancée par une transformation positive. L’Incarnation restaure la similitude entre Dieu et l’Homme, le sacrifice du Christ régénère l’Homme et restaure l’état premier de la chair. Cette réorganisation du corps et de son rapport à l’âme peut être désignée par la formule corps spiritualisé.

Le corps lui-même peut œuvrer à cette transformation positive. Ce corps en performance doit être soumis à un contrôle moral garantissant la justesse dans l’expression des émotions ou dans son comportement face à Dieu.


Collectif OCMI-INHA, Ontologie du christianisme médiéval en images, consulté le 20 February 2020, https://omci.inha.fr/s/ocmi/item/3