Privation de la présence de Dieu

Motif iconographique

Les deux derniers registres de cette miniature montrent l’introduction de la mort dans le monde après l’expulsion du Paradis. Dans cette image, le péché originel apparaît comme un changement de paradigme : le passage d’un monde dans lequel l’homme vit en Dieu à un monde dans lequel il est séparé de Dieu. Premier acte de désobéissance contre le divin, le péché se pénètre ensuite dans le monde (voir Entrée du mal dans la Création). Le serpent, qui représente souvent la mort ou le péché dans les images médiévales, indique ici la présence du mal.

Le mal entre dans le monde avec la complicité de l’homme, mais la présence de Dieu subsiste. Elle est figurée par le déploiement du végétal autour du meurtre et de l’ensevelissement d’Abel, et l’abondance de la couleur verte, symbole de régénération, qui montre que le divin reste présent, malgré la rupture de l’harmonie entraînée par le péché. Les fleurs présentent dans un seul des deux arbres montrent que la scène est située dans le temps cyclique des mouvements de la nature. Deux mains divines sont placées de part et d’autre du dernier registre et désignent Adam et Eve, signifiant que Dieu ne les a pas abandonnés et que sa loi continue de gouverner les hommes.

L’enterrement d’Abel, situé au centre du dernier registre, établit l’analogie entre la mort physique et la mort spirituelle. En plus de la mort physique qui résulte du crime, l’image rend compte de la mort spirituelle, qui se produit quand l’homme n’est plus capable de vivre avec Dieu. C’est la privation de la présence de Dieu qui entraîne la mort spirituelle. La figure d’Eve en bas à droite met en image l’engendrement et la transmission du péché en même temps. Il ne s’agit pas seulement d’une transmission des peines, mais aussi de la faute. Le baptême permettra d’effacer la faute, mais resteront les peines.

Le péché originel marque la séparation de l’homme et de Dieu. La mort, en séparant l’âme et le corps, s’en fait l’écho (voir Mort). Le cycle qui se déroule sur ce feuillet montre l’enchaînement de la création, puis du péché et de la punition. Le retrait du bien offre ainsi l’image d’un monde gangrené, dans lequel sont introduits la souffrance et la mort, mais un monde malgré tout régénéré par la vie (voir Semences du salut).