Entrée du mal dans la Création

Motif iconographique

Prélude à la chute de l’homme, cette image montre l’introduction du mal dans la Création. Les illustrations qui la précèdent dans le cycle décrivent la chute des anges rebelles et l’enfermement des forces maléfiques dans l’enfer, ce qui montre la préexistence du mal à son introduction dans la Création. Il y entrera quand l’homme, par orgueil, violera l’interdiction divine de manger le fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. La connaissance du bien et du mal est ainsi la cause de la rupture entre l’homme et Dieu.

L’introduction du mal est signifiée ici par une continuité formelle entre l’enfer et l’acte du péché : un diable s’en échappe et vient toucher le pied de l’arbre dans lequel se trouve le serpent. La bichromie rouge et brune renforce l’opposition entre les deux pôles du bien et du mal. Selon le poème, Satan s’introduit alors dans le serpent (Genesis B, v. 256), simple créature du jardin, afin de tromper Adam et Ève. Mais contrairement à ce que montre l’image, c’est tout d’abord à Adam qu’il s’adresse. Ce n’est qu’après avoir été repoussé avec méfiance par ce dernier que Satan s’approchera d’Ève.

Dans l’image, Ève se détourne du serpent et désigne, au centre, un arbre : sans doute l’arbre de Vie, par opposition à l’arbre de Mort (arbre dans lequel est monté le serpent) dont Satan veut lui faire manger le fruit. Sur la droite, le couple paradisiaque apparaît réuni. Ils regardent dans la direction opposée au serpent. Adam est au premier plan et semble lever la main ouverte en direction du serpent. Cette scène, qui n’est pas décrite dans le poème, pourrait représenter la résistance d’Adam à la duperie de Satan qui, sous la forme du serpent, a voulu faire croire au couple qu’il était porteur d’un nouveau commandement de Dieu : manger le fruit défendu. L’illustration suivante (p. 24) met en scène Satan, désormais représenté sous les traits d’un ange, conversant seul à seul avec Ève (v. 313-317) et l’exhortant à manger le fruit qu’elle tient déjà dans sa main.