Co-règne de la Vierge et du Christ

Motif iconographique

Le sujet de ce tableau est la glorification de Marie grâce à son couronnement par la Trinité. La Vierge couronnée par la Trinité est un motif commun à la fin du Moyen Âge, mais à cette époque, contrairement au siècle précédent, il est rare que les traits du Père et du Fils soient quasiment identiques. Les ailes de la colombe du Saint Esprit relient leurs bouches. Leurs manteaux viennent recouvrir la Vierge. L’unité ainsi formée entre ces personnages traduit l'harmonie divine. La « Tri-unité » est renforcée par la construction symétrique des postures et des gestes. Couronnement et partage du trône manifestent l'intronisation de la Vierge : la mère du Christ devient reine du ciel.

Plus qu’une intronisation de Marie après l’Assomption, l’image représente l’Église triomphante. La Vierge a ici la même importance que la Trinité, avec qui elle forme une entité. À la fin du Moyen Âge les scènes de « couronnement de la Vierge » illustrent l'union du Christ avec l’Église ou l'âme, remplaçant ainsi les images de l'union des époux du Cantique des Cantiques (voir l’Église-épouse). L'idée de co-règne transparaît particulièrement à travers la couleur et les effets de superposition des manteaux. Le rouge sur le bleu signifie la royauté sur la virginité, tandis que la forme sphérique du manteau de la Vierge s’étend sur la terre et dénote sa dimension céleste.

La communauté céleste dans son ensemble est présente autour de la Vierge et la contemple. Le grand nombre de personnages dans le ciel et le faste de leurs vêtements évoquent une cour royale. Plus qu'un ordonnancement hiérarchique, la disposition de la cour par niveau possède ici une dimension historique. Les élus sont répartis en différents groupes : anges, prophètes, apôtres, martyrs, évêques, représentants des ordres monastiques, saintes, rois, simples élus. Le monde céleste est ici unifié mais compartimenté suivant un axe de symétrie vertical de part et d'autre de la Vierge.

L'image véhicule l'universalité de la royauté de la Vierge, qui règne sur la terre et dans le ciel. La Crucifixion qui se trouve au centre fait la liaison entre le monde céleste et sa cour, et le monde terrestre, sous lequel se détachent le purgatoire et l'enfer. Placée à la verticale de la Vierge, la Crucifixion rappelle le rôle providentiel de la Vierge comme mère du Rédempteur.