Relecture métaphorique du mal

Motif iconographique

L’Apocalypse est une relecture métaphorique du mal du monde. Elle met en scène de manière allégorique le combat de l’Église contre le mal dans l’histoire. De nombreuses scènes maléfiques y sont relatées (telle l’adoration de l’image de la Bête, signifiant l’hérésie), des plaies, comme les sauterelles, l’intervention de démons, de la mort, du faux prophète ; on y relate encore la destruction de Babylone ou le combat de saint Michel contre le dragon. L’Apocalypse porte aussi un message d’espérance, car toutes ces manifestations du mal sont combattues, et le Bien finit par triompher. L’illustration de l’Apocalypse est ainsi prétexte à des images exposant tous les éléments constitutifs du mal dans l’iconographie médiévale, comme le désordre, le laid, le monstrueux ou le simulacre. Les occurrences du mal dans l’Apocalypse sont synthétiques et archétypales du mal historique, elles ont aussi une fonction allégorique.

Cette image se réfère au chapitre 12, 7-12. Jean, dans un édicule situé à gauche, regarde la scène et porte la main devant sa bouche dans un geste d’effroi. Deux dragons se trouvent à terre dont l’un a sept têtes. Les dragons personnifient les puissances du mal, et représentent les adversaires de l’Église, c’est pourquoi ils sont combattus à plusieurs reprises dans l’Apocalypse, dans le contexte d’une réflexion exégétique sur le mal. La bête devient un paradigme du mal en soi. Il s’agit d’une relecture métaphorique du passé. L’allégorie permet ici de pousser la synthèse à son paroxysme, et de personnifier le mal sous la forme de figures, qui permettent de démontrer qu’il sera toujours vaincu in fine.

Les anges occupent la plus grande partie du ciel, tandis que les dragons sont écrasés sur le sol, déjà presque vaincus. La lance de Michel est surmontée d’une croix, qui est la même que celle qui transperce l’agneau égorgé dans une autre pièce de la tapisserie d’Angers. Un autre ange tient un phylactère, qui matérialise la voix affirmant la victoire du Christ au verset 10 du chapitre 12. Ces éléments replacent cet épisode dans une perspective messianique.