Mal combattu par le Verbe

Motif iconographique

Dans cet épisode tiré de l’Évangile de Marc (Mc 5, 1-20), le Christ ordonne à un démon de sortir du corps d’un habitant de la ville de Gerasa, pour aller posséder un troupeau de porcs. Les démons sont ainsi expulsés du corps du possédé par l’autorité du Verbe. L’exorcisme entraîne une restauration de l’individu et une restauration du lien avec Dieu, montrant que la rupture engendrée par le mal est réversible. La possession, qui est une privation de la présence de Dieu, se traduit physiquement par le corps dévêtu, les cheveux défaits (voir Corps altéré). Le texte précise que le possédé a rompu ses chaînes. Les chaînes représentent l’emprise du mal, dont l’homme ne peut se défaire seul, car il est ici privé de son libre arbitre, et doit être libéré ou exorcisé.

Plusieurs scènes sont représentées dans cette image pour montrer que l’expulsion du mal par le Verbe passe par la parole. Le Christ entame un dialogue avec les démons, et l’un d’eux sort par la bouche du possédé. À l’arrière-plan, les gardiens des porcs diffusent la nouvelle du miracle dans la ville de Gérasa. Deux apôtres se trouvent également derrière le Christ, jouant un rôle de témoin. L’image insiste donc sur l’importance de la diffusion du miracle, par les témoins oculaires et par la parole.

Dans le texte de Marc, le démon affirme qu’il se nomme Légion car il est multiple, ce qui est une caractéristique du mal. Il prend ici la forme de petits personnages noirs et ailés, selon une iconographie assez répandue au Moyen Âge. Ils s’enfuient sur des porcs qui sortent de l’image, pour montrer que le mal quitte le territoire du corps. Le miracle se produit néanmoins sans violence, car le démon reconnaît immédiatement l’autorité du Christ, ce qui montre que le mal est subordonné à la volonté divine.