Combat contre les fausses croyances

Motif iconographique

Il s’agit d’un détail de la grande peinture de l’Église militante et triomphante peinte sur le mur sud de la chapelle des Espagnols.

Cette image montre les trois saints dominicains, Dominique, Pierre de Vérone, et Thomas d’Aquin, en train de prêcher aux hérétiques et aux Juifs. La prédication est un combat par le verbe contre la non-croyance et les fausses croyances. En ce sens elle s’inscrit dans le combat contre le mal. Les hérétiques restent dans le mensonge. Les saints dominicains se battent ici contre le refus de la vérité.

À gauche, saint Dominique lâche les chiens sur les renards en les guidant par un geste de sa baguette et de sa main. Pierre de Vérone au centre apparaît quant à lui en pleine prédication, tentant de convaincre une foule d’hérétiques par l’argumentation. On le voit compter les arguments sur ses doigts. Un homme vêtu d’un manteau jaune éclatant se trouve à l’avant du groupe. Cette couleur est connotée négativement au Moyen Âge et associée à la tromperie, car elle diffuse une fausse lumière, imitation de l’or. Les expressions des hérétiques sont contrastées, traduisant la variété des réactions face à la parole de Pierre de Vérone. Un homme se touche par exemple le menton, d’un geste dubitatif. À droite de l’image, saint Thomas d’Aquin prêche par le livre ; on peut lire sur ses pages un verset du livre des Proverbes (Pr 8, 7). En face de lui se tient un groupe de Juifs, reconnaissables à leurs chapeaux orientaux pointus et à leurs turbans. Ils montrent des stades plus ou moins avancés de conversion : deux hommes sont agenouillés en prière devant saint Thomas, tandis qu’un autre déchire sa Torah ; un troisième porte son index à sa bouche, le regard pensif. Un autre, pas encore converti, se bouche les oreilles. La victoire du bien sur le mal passe par la conversion de Juifs et d’hérétiques.

Le peintre fait ici un usage allégorique des animaux. Le combat symbolique des chiens et des renards fait écho au combat de l’Église par le Verbe contre le mal. La couleur des chiens fait référence à l’habit des dominicains. Les renards symbolisent ici le mal, car ils sont ceux qui ravagent les vignes du seigneur (Ct 2, 5). Bernard de Clairvaux les a associés aux hérétiques (sermons 65 et 66). Les agneaux symbolisent naturellement les fidèles.

Dieck, Die Spanische Kapelle in Florenz, Francfort, 1997, p. 112-136.