Image comme vision

Motif iconographique

Cette scène illustre la notion d’image mentale en montrant de façon explicite le processus de leur formation. Au premier plan, le sujet, réputé être un portrait de la duchesse Marie, est penché sur un livre où l’on distingue un O qui se rapporte peut-être aux prières dédiées à la Vierge qui suivent le déroulement du texte quelques pages plus loin (Obsecro te et O intemerata). Le livre représenté dans les mains de la dévote est donc analogue au livre que regarde le spectateur.

On observe une séparation nette des deux lieux représentés dans l’image : la première, plus sombre, contraste fortement avec la vive luminosité de l’espace imaginé qui, se présente sous la forme d’un vaste chevet d’église. L’opposition se fait par la couleur, plus dense au premier plan, s’attachant à une représentation naturaliste des matières et constituant un lieu presque réduit à deux dimensions, tandis le second s’ouvre très largement en hauteur et en profondeur en plaçant le point de fuite à mi-hauteur de la composition, près de la tête de la Vierge.

Par la fenêtre, apparaît une image mentale, un espace imaginaire suscité par la lecture : l’image est spirituelle. Elle met tous les sens en jeu comme semble le rappeler l’encensoir qui se balance à proximité de la Vierge. La présence divine est d’autant plus intense qu’elle a lieu dans l’esprit du dévot : on peut penser que la femme en prière devant la Vierge est un dédoublement de l’image de la duchesse, ou à tout le moins une représentation de la dévote qui accède à la vision promise par les prières. Cette rencontre a lieu dans un espace imaginaire qui est celui de l’esprit et qui est suscité par l’exercice mémoriel et la méditation pieuse du sujet.