Image comme seuil

Motif iconographique

Ce type d’image apparaît fréquemment à la fin du Moyen Âge et s’intègre à des pratiques dévotionnelles qui mettent en jeu la mémoire et la recréation spirituelle d’images mentales. Le principe est relativement simple et s’appuie sur la remémoration d’épisodes de la vie du Christ, liés aux différents objets représentés sur la page : chacun correspond à une étape du sacrifice. La série des indices visuels disloque la représentation pour l’introduire en miettes dans l’esprit du fidèle, là où va se former la vraie image. Celle-ci n’est pas seulement visuelle : la mémoire fait appel aux cinq sens. L’image mentale plurisensorielle qui résulte dépasse en intensité une vision de type corporelle, en ce qu’elle permet de vivre l’événement imaginé, d’en faire l’expérience dans l’espace de l’intériorité. Le recours à la métonymie, aux indices et aux signes incite au dépassement des insuffisances intrinsèques de la représentation relancer la vision dans la direction du divin : il s’agit de franchir en quelque sort l’image, pour accéder à une dimension spirituelle supérieure, là où voir revient à expérimenter une présence.

L’important ici est donc la formation d’une image mentale par l’imagination et la réflexion du sujet et qui se constitue, d’une certaine manière, dans un mouvement contraire à celui de l’image-empreinte où le divin descend apposer sa marque dans le réel : c’est un mouvement d’élévation, qui part de l’entendement humain pour s’élancer vers le divin. Le spectateur devient actif, en s’appropriant les images pour les reconfigurer en lui et créer d’autres images dans son esprit.