Vestige divin

Motif iconographique

Que le Christ soit l’image de Dieu semble pouvoir aller de soi, étant son incarnation, mais où trouver ce qui, dans l’homme, le rattache à Dieu ? Pour les théologiens, c’est une question épineuse ; plusieurs tendances s’affrontent, mais le courant majoritaire va vers une faveur plus grande apportée à la spiritualisation de la chair durant le début du Moyen Âge, et donc à une image divine qui serait seulement perceptible dans l’esprit et l’âme de l’homme. Par la suite toutefois, l’accentuation forte de l’humanité du Christ a amené une double semblance : celle de l’âme (semblable à Dieu le Père) et celle du corps, semblable à celui du Fils incarné. L’âme conserve toutefois la faveur des théologiens, qui en font le siège véritable de la ressemblance divine, celle qui s’inscrit dans la proximité la plus grande : c’est la théorie créationniste, qui s’impose entre le xiie et le xiiie siècle. À l’interrogation fondamentale de l’origine de l’âme, cette théorie répond en la faisant naître d’une intervention divine dans le processus de la conception et en divisant nettement les deux modes de conception, qui sont représentés dans l’image : à droite, les parents conçoivent un corps embryonnaire. Le système iconographique de l’image, en renvoyant à la corbeille sur la table et à la figure de Moïse sur l’entablement de la cheminée, le décrit comme un réceptacle charnel qui attend d’accueillir sa pleine substance, laquelle est matérialisée par l’âme qui plonge depuis la figure de la Trinité. Cela recoupe nombre de théories naturalistes de la même époque qui, en se fondant sur Aristote et ses continuateurs médiévaux, s’interrogent sur le moment exact de l’infusion de l’âme chez l’embryon et la nature de celui-ci. L’engendrement de l’âme est une reproduction, dans une moindre mesure, de l’acte créateur originel qui avait amené à l’animation d’Adam : le phylactère qui accompagne l’image divine porte ainsi le verset 26 de la Genèse (Faciam hominem ad imaginem et similitudinem nostram) et explicite cet aspect en rappelant le fondement de l’acte créateur, qui place l’homme dans la similitude divine.

De plus, cela explicite une des fonctions de l’âme : l’aristotélisme médiéval conserve de l’hylémorphisme originel une notion essentielle qui est celle de la forme, laquelle est donné au corps par l’âme. C’est elle qui en parachève la création et fait que l’homme est homme : elle est la pleine réalisation de la potentialité de vie contenue dans la chair, ainsi que le siège de ce qui fait de la créature un être à part, supérieur aux animaux par les propriétés de son intellect et par sa ressemblance à Dieu. La forme humaine adoptée par l’âme est un reflet de ces conceptions, et se constitue comme l’aboutissement du processus d’engendrement : c’est la quintessence de l’homme, dans sa ressemblance à Dieu et dans sa forme physique.