Christomorphisme

Motif iconographique

La scène ne présente a priori pas de difficulté de lecture ; sa signification est en revanche beaucoup plus complexe, car si le thème narratif est aisé à identifier, plusieurs niveaux d’analyse complémentaires se superposent et viennent expliciter efficacement la nature de chacun des protagonistes.

Pour commencer, on constate que Dieu est représenté sous les traits du Christ : l’usage est courant jusqu’au xiiie siècle et témoigne d’une volonté de faire du Fils la « visibilité du Père », selon les mots d’Irénée de Lyon (iie siècle). La simultanéité de la représentation permet de synthétiser les deux figures en une seule : le Christ devient la part visible, perceptible, et donc représentable, de Dieu qui, par essence, est au-delà du monde sensible (Irénée de Lyon parle de « l’invisibilité du Fils »). Il est en outre le Verbe mobilisé dans l’acte créateur divin, préexistant à l’incarnation.

Pour autant, il n’est pas qu’un aspect divin : il est aussi homme, car les deux natures cohabitent à égale partie en lui, ce qui est aussi exprimé dans cette image. Ainsi, le peintre de la miniature lui a donné le même visage qu’Adam, puisqu’ils appartiennent au genre humain, tout comme il donne au manteau du Christ la même teinte que celle de la glaise d’où est tiré le corps du premier homme. On exprime ainsi la double nature du Fils, littéralement Dieu incarné dans une chair identique à celle d’Adam.

Ici, la créature et le créateur se ressemblent. Avec le péché originel, cette ressemblance se perd, en même temps que s’instaure une distance entre l’homme et Dieu, qui sera comblée par le Christ. Le Christ ressemble à Adam car il est homme, Adam ressemble au Christ car il a été façonné à l’image de Dieu, dont le Christ est l’image parfaite : le rapport s’enrichit d’une réciprocité qui est aussi une préfiguration, puisque le Christ est aussi un nouvel Adam en même temps qu’il répète l’acte créateur original à l’occasion du baptême — renaissance symbolique de l’homme —, auquel l’image fait référence en donnant à la terre un dessin sinueux qui reproduit celui de l’eau baptismale.

Cette image rend donc efficacement compte de la façon dont la notion d’imago s’exprime dans l’anthropologie chrétienne et la christologie : c’est sous la forme d’un rapport d’image (en termes de similitude et de dissemblance) que s’expriment les relations entre le Christ, l’Homme et Dieu. Dans cette miniature, on voit clairement que le Christ est l’image de Dieu, semblable à Adam, dont il est le modèle, et qu’il vient restaurer dans sa perfection originaire avec son incarnation.