Idole habitée par le démon

Motif iconographique

L’image se construit sur un système d’opposition entre l’espace de l’église, lumineux, défini et délimité par son architecture, et l’obscurité indistincte dans laquelle sont plongés les païens et leurs idoles. Celles-ci sont représentées selon un type iconographique courant : monochromes, ce sont des figures humaines de petite taille montées sur des colonnes, ce qui donne un aspect antiquisant à l’ensemble. On voit ici qu’au contraire de certaines images où l’idolâtrie se caractérise par la vénération d’objets fabriqués par l’homme plutôt que d’œuvres du Créateur, des démons volent au-dessus des statues, désignant les images comme fausses, mauvaises, car elles n’ont pas le pouvoir de susciter la présence divine. Elles sont mensongères, ce sont en quelque sorte des simulacres, car leur apparence ne reflète pas l’essence de ce qui les anime : le lien substantiel propre à l’image sacrée est rompu, faussé, tandis que l’on présente ces images comme de purs objets matériels, dépourvus d’efficacité et habités par les démons.

À la matérialité des idoles s’oppose la corporéité du Christ en croix, image chrétienne par excellence. Le crucifié est ici montré comme un véritable corps montrant des plaies d’où le sang s’écoule : loin d’être une simple métaphore eucharistique qui servirait à manifester la présence divine lors du culte, il s’agit avant tout de manifester la sacralité intrinsèque de cette image, apte à servir de réceptacle à la présence de Dieu qui surmonte l’assistance. Cette présence, au contraire des démons qui survolent les idoles à l’opposé de la composition, est montrée comme intrinsèque à l’image, à la matière dont elle est faite et découlant de son aptitude à mobiliser un lien substantiel avec le prototype.