Image spéculaire

Motif iconographique

La représentation de la châsse de saint Mathurin sur l’enseigne de pèlerinage du musée d’Angers doit être reliée à l’usage qui était fait de ces petits objets portés cousus sur les vêtements, en appliques ou en pendentifs et qui étaient à la fois des moyens d’identifier le pèlerin, de témoigner de sa visite dans un sanctuaire particulier (ici celui de Larchant) et enfin de transporter avec lui un peu de la puissance agissante de la relique. On est ici au cœur des propriétés essentielles de l’image, à savoir partager les qualités de son référent : représenter est un moyen de capter, ou plutôt de reproduire, en même temps que sa forme (plus que son apparence), tout ou partie des qualités essentielles de l’original.

L’ajout du miroir renvoie à une dimension proche en questionnant le médium : l’image acheiropoïète est vue comme plus proche de son modèle, plus réelle, car exempte de l’abaissement vers la chair occasionnée par la médiation de la main humaine. Or, le miroir forme une image par réflexion sur un support matériel sans que l’image ne soit reproduite ou dessinée ; elle se passe ainsi de médium, et même si elle est éphémère, il semble manifeste qu’il y ait eu une croyance bien ancrée en une persistance des qualités de l’objet réfléchi sur la surface du miroir. Ainsi, refléter la relique (ou la « réfléchir » dans un sens métaphorique), c’est en acquérir la virtus, ou bien tout simplement sanctifier l’objet qui a été, d’une certaine façon, mis en contact avec les restes saints. L’image, quand elle se présente sous la forme du reflet (qui n’est ni plus ni moins qu’une empreinte éphémère), délivre une manifestation directe du référent. Ainsi fondée sur la présence plutôt que sur l’apparence, l’image acquiert en partie les propriétés du modèle, étant donné la coprésence qui la lie originairement le reflet et la chose.

Reflet, imprégnation et empreinte semblent donc liés dans les pratiques autour des reliques, car ces insignes sont à la fois des représentations du reliquaire et des objets mis en contact avec celui-ci, à la fois physiquement (en étant frottées ou posées dessus) et par l’image et donc le reflet.