Restauration de l’Homme à l’image de Dieu

Motif iconographique

Cette lettrine historiée reprend la composition classique de ce type de scène où Dieu se penche sur le corps d'Adam pour lui insuffler la vie ou plutôt, comme ici, achever de le modeler à partir de la matrice primaire d'où émerge le corps. Ici, et comme dans beaucoup de représentations de Dieu au début du Moyen Âge, il est représenté sous les traits du Christ, Verbe créateur incarné.

La matrice d'où émerge le corps d'Adam est représentée par une forme ondulante, bleue et brune : c'est le mélange de l'eau et de la terre, formant la glaise du texte biblique (de limo terrae — Gn 2, 7). Cette couleur est aussi sur le manteau du Christ qui est donc fait de cette même matière, tout en étant Dieu, ce qui est évoqué par le rouge de la tunique. La divinité est recouverte par la chair : c'est l'Incarnation.

Il y a dans cette image un effet de boucle qui relie la matière primordiale aux corps incarnés d'Adam et du Christ. Ces deux personnages ont par ailleurs une apparence identique qui renforce cette circularité de la signification : le Christ est le prototype du premier homme qui a été façonné selon son modèle, mais il est également son renouvellement. Avec son Incarnation, il est le Nouvel Adam qui vient restaurer une ressemblance entre l'homme et Dieu, qui a été perdue avec le Péché Originel.

L'image témoigne alors de la sanctification de la chair par l'Incarnation, qui rétablit le lien brisé par le péché et redonne sa pleine valeur et importance au corps et à ce qui le constitue : la chair d'Adam est celle de tout homme, mais aussi celle du Christ qui est Dieu incarné.