Régénération de la Création par le Sacrifice

Motif iconographique

Un des nombreux thèmes du vaste décor de cette abside est la régénération de la Création par le sacrifice du Christ : de la croix, instrument du supplice où est figuré le corps sacrifié, jaillissent des rinceaux végétaux qui s'étendent régulièrement sur toute la surface pour l'organiser de façon harmonieuse et représenter la structuration de la Création par la Loi, issue du renouvellement de l'Alliance première par la mort du Christ. Le choix du végétal comme structure sous-jacente n'est pas anodin, de même que l'abondance d'oiseaux de toutes sortes, dont certains sont aisément identifiables (notamment les pies), perchés dans les feuillages. Ce végétal est une métaphore de la régénération de la Création, du renouveau de vie qui l'anime et qui prend source, très précisément, dans le sacrifice de Dieu. La métaphore végétale est peut-être lointainement dérivée de la métaphore de la semence dans la Première Épître aux Corinthiens (15, 35 et suivants).

De la croix jaillit ce végétal en croissance, mais aussi la source de vie qui abreuve les cerfs mentionnés dans les psaumes (41, 2 : « Comme le cerf soupire après les cours d'eau, ainsi mon âme soupire après toi, ô Dieu ») et d'autres animaux : la dimension d'universalité s'exprime autant dans l'occupation totale de l'espace de la mosaïque que dans l'abondance d'espèces animales qui entourent la Crucifixion. On y observe par ailleurs une gradation du bas, occupé par les animaux terrestres ou des bergers, vers la partie haute où évoluent des oiseaux dont la teinte s'éclaircit à mesure qu'ils se rapprochent des cieux. Ils demeurent toutefois de couleur grise et n'égalent pas la blancheur des colombes de la croix du Christ, comme pour signifier que si la Création régénérée par le sacrifice a une portée universelle, elle ne s'accomplit pleinement et ne devient purification et restauration du corps et de l'âme que par l'entrée dans le corps mystique du Christ. Ces colombes, au nombre de douze, peuvent aussi être la métaphore de la pureté spirituelle des apôtres.