Geste de dévotion

Motif iconographique

Le jongleur du conte, faute de savoir prier à la façon des moines, offre à la Vierge ce qu'il sait faire de mieux : ses acrobaties et ses danses, suivant (selon le texte) les chants et la musique entendus pendant la messe. Il s'agit pourtant d'un personnage à l'éthique discutable, dont les postures, la gesticulation seraient d'ordinaire du côté du péché, en tant qu’agitation de la chair incompatible avec l'attitude recommandée pour la prière. Toutefois, et c'est ce qui est montré dans l'image, cette attitude, quoiqu’incorrecte en apparence, témoigne de la dévotion du personnage, et se voit récompensée par un miracle. La Vierge reconnaît une maîtrise du corps dans l'action dévotionnelle du jongleur. Il ne s'agit donc pas à proprement parler d’une gesticulation, puisque l'âme contrôle le corps dans un but précis de dévotion. Celui-ci est dans un état d'engagement total au sein de la prière.

Ainsi, ce cas singulier montre que le geste en lui-même (au sens de l'action effectuée par le corps) a peu d'importance au regard de la volonté qui l'active et de l'état d'esprit de la personne. C'est cet état d'esprit qui prévaut et contribue à renverser le sens d'une acrobatie d'ordinaire vectrice de désordre et de péché. L'esprit prend totalement possession du corps pour le pousser, dans le cas du jongleur du conte, à la mort.

Dans la torsion excessive du corps sur l'image, sous le regard de la Vierge de l'autel, c'est donc la pleine maîtrise de celui-ci et l’offrande totale de son corps par le jongleur qui sont mis en valeur. L'intentionnalité prime sur la forme du geste, un point qui rejoint une considération théologique sur l’efficacité du geste liturgique : la nécessité absolue que le célébrant ou le fidèle soient dans une disposition d'esprit pure, faute de quoi la signification sacramentelle du geste n’a aucune efficience.