Geste d’offrande

Motif iconographique

La scène se structure par une série d'oppositions qui caractérisent les attitudes divergentes des deux hommes dans l’accomplissement d’une action identique. Dans les deux cas, Abel et Caïn s'avancent et présentent leur offrande à Dieu. Toutefois, leurs gestes, leurs attitudes, leurs mouvements sont radicalement différents et montrent que l’intentionnalité du geste en détermine la qualité.

Caïn a les pieds chaussés, le regard tourné vers son offrande et non vers Dieu. Il porte un vêtement désordonné, qui se répand en plis agités. Il se tient voûté dans une posture qui est à la fois en déséquilibre et dans un mouvement violent qui l'élance vers l'avant. Il tient son offrande d'une seule main, l'autre étant mobilisée pour soutenir son dos, c'est-à-dire prendre soin de son propre corps. La figure de Caïn se caractérise ainsi par une corporalité soulignée par des mouvements du vêtement trahissant l'agitation et la tension. Le tourbillon formé par les plis, au niveau du ventre, évoque un repli du corps sur lui-même, la coupure d'un lien essentiel avec le divin. C'est le moment biblique de rupture dans l'harmonie corps/âme, où l'âme cesse de contrôler ce dernier.

Au contraire, Abel se présente devant Dieu les pieds nus, dans une posture bien plus stable et maîtrisée. Sa tunique est ordonnée et ceinte autour de sa taille. Il élève des deux mains son offrande vers Dieu qu'il contemple : il est tourné vers le divin, respectueux du sacré et dans une attitude conforme à l’intention de l'offrande, qu’il élève enveloppée dans une étoffe ou dans son manteau, contrairement à Caïn.

On oppose ici le geste contrôlé, le corps préparé pour l’offrande, l’âme tournée vers Dieu, à l’égarement spirituel : Caïn souffre dans sa chair les conséquences de la rupture d’harmonie entre son âme et son corps. Il est donc incapable de se présenter devant Dieu dans l'attitude juste et mesurée qui convient. On ne peut manquer d'y voir un écho à la situation du chapiteau dans l’église. En effet, il se peut que cette figure soit une allusion à la nécessité pour le fidèle, et plus encore pour le moine, d'adopter la bonne attitude vis-à-vis de son créateur lorsqu'il pénètre en ce lieu où Dieu est présent : Abel marche en effet en direction du sanctuaire, tandis que Caïn lui tourne le dos.