Corps comme contenant

Motif iconographique

Cette image issue d'un traité de dévotion illustre le statut paradoxal du corps dans la pensée médiévale : il est à la fois une prison et un temple. Le corps est l'ergastulum de la patristique ; le terme apparaît à plusieurs reprises pour désigner la prison de la chair, notamment chez Ambroise de Milan et Augustin d'Hippone dans la Cité de Dieu. Il est aussi un temple pour Paul de Tarse : « le corps de l'homme est un temple de Dieu » (I Corinthiens 3).

Le corps de l'homme est le contenant de l'âme : celle-ci, située dans la poitrine et représentée sous la forme habituelle du petit personnage nu, est circonscrite dans un espace muni de barreaux d'où elle ne peut s'échapper. Âme et corps sont deux entités complémentaires, dont la relation prend ici la forme d’un dialogue, comme dans de nombreux traités médiévaux. Ils sont à la fois distincts (on ne peut les confondre) et liés l'un à l'autre (l'âme ne peut s'extraire du corps tant qu'il est vivant). L'âme est ici moins un principe vital que l'âme intellectuelle, qui est le guide intérieur.

Tandis que l'âme est emprisonnée dans le corps, celui-ci s'inscrit dans une architecture qui rappelle que le corps n'est pas seulement la prison de chair, source du péché, mais aussi le temple qui l'abrite, lieu possible de la résurrection. L'image, en proposant une analogie entre le corps et les éléments architecturaux, rappelle sa dimension matérielle, quantifiable, construite. Elle pose la question du rapport entre l'intériorité et l'extériorité : on aperçoit, du côté de la main droite du personnage, une construction militaire munie de meurtrière. À gauche, au contraire, se trouve une maison plus largement ouverte vers l'extérieur : la forme des ouvertures peut être signifiante dans le contexte et faire allusion aux conditions de perception du monde par le corps.

Le corps est décrit dans une double fonction de prison et de temple, de véhicule soumis au jugement et à la décision de l'âme, principe pensant et conscient. Le dialogue qui s'instaure entre les deux parties rappelle que l'Homme est la conjonction d'un principe matériel et d'un principe spirituel dont la relation est ici celle d'un échange rationnel.