Image agentielle

Motif iconographique

L'affirmation du lien substantiel entre l'image et son référent s'illustre dans ce type d'images en trois dimensions qui a fait partie intégrante d'une théâtralisation de la liturgie. La statue est littéralement une « re-présentation » du corps du Christ, une façon de le rendre « à nouveau présent » dans l'espace et le temps du spectateur. Le fait que la statue soit munie de roulettes montre qu'elle n'était pas destinée à être statique et qu'elle était prévue pour un déplacement au cours des processions liées à l'événement qu'elle représente : l'entrée du Christ à Jérusalem. Ainsi, et même si ces statues sont souvent conservées dans l'église le reste de l'année en vertu de leur valeur propre, leur véritable efficacité est liée à leur usage et à la mobilisation rituelle de la présence divine du Christ en un temps donné.

Au cours de celui-ci, loin d'être une présence lointaine, le Christ est virtuellement présent à travers la statue qui le représente : on le signifie dans l'espace et la statue sert à matérialiser sa présence au cours de la cérémonie. Celle-ci consiste en un rejeu de l'événement passé, au cours duquel on accueille le Christ dans la ville en suivant le récit biblique : le rite sert ici de cadre et de moteur, en quelque sorte, d'une récupération du temps sacré qui active la présence de la statue et son efficacité et en fait un corps véritable le temps du rite. En traitant l’œuvre comme on traite un corps et en lui rendant les mêmes honneurs qu'on rendrait à son prototype, les pratiques et les dispositions rituelles font de cette image un avatar terrestre, un réceptacle de la présence divine. En outre, cela demande la participation active des fidèles qui prennent part au rituel : participation affective (ils revivent l'action), mentale (le décor et l'environnement participent à la recréation imaginaire de la chose) et physique (certains tiraient la statue, d'autres tiennent des palmes dans le cortège). Ainsi, la statue s'inscrit dans le même espace, la même temporalité et la même dimension que le fidèle, ce qui permet une mise en présence et une proximité très grande entre le fidèle et le Christ.