Corps mystique

Motif iconographique

Le corps est une organisation hiérarchique composée de différentes parties dotées de fonctions différenciées. La métaphore paulinienne du corps mystique (1 Cor. 12, 12-13) fonde le recours massif, durant tout le Moyen Âge, à la métaphore du corps pour désigner l'organisation d'un collectif ou d'une institution qui peut être la ville, l’État… Toutefois c'est dans ce type d'image du corps mystique du Christ que s'exprime avec le plus de force l'importance de la symbolique du corps en tant qu'unité organisée et harmonieuse.

Cette image du Laudibus sanctae crucis s'organise autour des axes de la croix, aux extrémités de laquelle apparaissent, dans des médaillons, la tête, les pieds et les mains du Christ. C'est un ordonnancement du monde selon un axe orthonormé, qui est à la fois croix et corps. En jaillissent les rinceaux végétaux enserrant les médaillons des personnages, eux-mêmes répartis hiérarchiquement de bas en haut. Au centre, la Vierge-Église est à la jonction des deux axes : il semble que, comme le corps-croix du Christ, elle fasse référence aux deux dimensions de la corporéité christique. Au XIIe siècle on trouve chez Simon de Tournai, notamment, l'idée que le Christ est doté de deux corps : un corps de chair donné par la Vierge et un corps mystique composé par la communauté des fidèles. De fait, il est à la fois corps de chair (le visage, les mains et les pieds percés de blessures le rappellent) et corps spirituel réunissant, ordonnant et hiérarchisant les membres de l’Église dans l'espace, et aussi dans le temps, puisque ce corps contient les patriarches.

L'organisation verticale des figures est structurée par les rinceaux végétaux émergeant de cette croix vive, analogue à celle que l'on peut trouver dans l'abside de la basilique Saint-Clément de Rome. Les rinceaux sont une référence à la loi divine qui découle de l'incarnation et du sacrifice du Christ. Cette loi est aussi garante d'unité, d'ordre et de cohésion au sein de la communauté. Les prophètes, puis les patriarches forment l'assise de l'ensemble, qui se développe dans un élan vertical. Au plus près de la tête du Christ se trouvent les apôtres, qui sont séparés des autres personnages par les bras de la croix. La figure de l’Église, au centre, semble se faire le relais ou l'écho du médaillon du Christ : c'est vers elle que se tournent les regards des martyrs figurés au premier registre sous l'axe horizontal.