Intelligibilité du Verbe pour l’âme

Motif iconographique

La mise en scène de ce cycle de la Genèse illustre la conséquence du Péché Originel sur la relation de l’Homme à Dieu. Dans les premiers registres qui se déroulent à l’intérieur du jardin d’Éden, Adam et Ève sont directement confrontés à sa pleine présence et se situent dans le même espace que lui. Les trois premiers registres qui relatent la création puis la Chute prennent place dans un temps et un espace qui est celui du Paradis où Adam et Ève évoluent en présence de Dieu qui est alors pleinement visible ; c’est après la Chute et avoir été chassés du jardin qu’il leur devient invisible.

La proximité originelle est alors perdue, mais le lien demeure figuré par la présence de la main de Dieu qui apparaît dans les écoinçons du dernier registre et surmonte les trois scènes représentées. L’absence de visibilité directe de Dieu est bien marquée par cette rupture dans la représentation, et amène à la question de la façon dont, à présent, il s’adresse aux Hommes, c’est-à-dire par des signes et un verbe devenus obscurs, et autoritaires. Le geste de la Manus Dei est en effet associé à la prise de parole et à l'autorité, mais constitue aussi un signe de présence indirecte qui doit être décrypté et interprété. Cette perte de l’intelligibilité directe de Dieu s’accompagne alors de la nécessité de percevoir sa présence à travers ses signes : c’est l’importance cruciale de la capacité de l’Homme à user du mens pour comprendre Dieu à travers son œuvre — la Création. Une fois l’image de Dieu restaurée en l’Homme par le Salut, il retrouvera la pleine connaissance spirituelle par la théophanie.

L’image illustre le basculement qui s’opère entre la proximité première et la distance causée par la Chute, mais évoque aussi la possibilité de combler, partiellement, ce manque. L’usage de la réflexion devient nécessaire, et donc le recours à la partie la plus noble de l’âme devient alors l’intermédiaire primordial de la compréhension du monde et des signes de la présence ou de la parole divine. Le geste de parole est à mettre en parallèle avec l’écrit qui la fixe et la transmet à travers les textes sacrés qui deviennent, avec l'exercice de l'intellect, un autre moyen de suivre le chemin qui le conduira de nouveau à Dieu.