Substance de l’âme

Motif iconographique

L’image ouvre un texte qui s’attarde sur les privilèges de l’âme humaine, et en particulier son origine divine, qui est montrée par l’émanation trinitaire du souffle qui plonge vers le couple. Bien des aspects de l’âme sont décrits par cette image, qui rend compte avec beaucoup d’efficacité de la substantialité de l’âme telle qu’elle est considérée au Moyen Âge.

En premier lieu, l’accent mis sur le souffle qui porte l’âme, depuis la Trinité jusqu’à la mère. Sa substantialité étant la plus éloignée possible des choses terrestres, c’est l’air qui exprime la mobilité de l’âme, sa légèreté, mais aussi son invisibilité à l’œil humain. De plus, elle est perceptible par son mouvement, et pour cela elle est souvent associée à la figure de l’oiseau. Elle est aussi fréquemment associée à la substance la plus immatérielle et la plus pure qui est la lumière.

Dans l'image, deux bougies sont représentées : une chandelle éteinte sur la table et une autre allumée, dont la flamme se couche au passage de l’âme. Ceci souligne la présence physique et la réelle substantialité de l’âme tout en rappelant l’insufflation première qui a donné vie à Adam : le corps a été formé matériellement avant d’être animé par le souffle divin. C'est sans doute dans cet esprit que l'on peut associer la chandelle éteinte à un corps sans âme (matière seule et sans lumière), tandis que la chandelle allumée est à rapprocher du corps animé. Les textes qui jouent sur cette association sont nombreux, comme celui d’Hilaire de Poitiers qui emploie la métaphore de la lumière « enfermée dans les fioles du corps » (Sur Matthieu, 27, 4). La lumière de l’âme dans le corps évoque ici la présence du divin, voire la divinité dans l’Homme, sous la forme amoindrie mais bien réelle de vestige. Dans cette image le souffle divin, représenté par les rayons qui émanent de la Trinité, est aussi lumière.

La chandelle éteinte, qui voisine avec une corbeille remplie d’un tissu du même bleu vif que les tentures du lit conjugal, semble évoquer quant à elle le corps dans sa qualité de réceptacle de la vie, ce qui est pleinement réalisé par l’infusion de l’âme.