Incorruptibilité de l’âme

Motif iconographique

Le chapiteau offre la mise en scène originale d’un évènement que l’on retrouve assez fréquemment dans les représentations de vies de saints : leur mort est l’occasion de montrer l’élévation de leur âme et par là même, leur élection divine. Ici, contrairement à ce que l’on trouve le plus souvent, l’âme du mort est représentée allongée parallèlement au corps et de taille égale à ce dernier. La confusion est évitée par la différenciation de l'âme et du corps par leurs propriétés, et notamment le fort contraste entre la pesanteur de la chair, qui repose dans le cadre massif du lit, et la légèreté de l’âme portée du bout des doigts par les anges.

La représentation de l’âme et le corps de façon quasiment identique souligne une différence substantielle. L’âme n’est pas atteinte par l’âge et la corruption du temps : elle demeure intacte, et sa nudité qui s’oppose au corps couvert par les drapés du lit souligne cette idée d’un retour à un état pur, spirituel, dégagé du vêtement de chair, qui quitte le monde terrestre. L’imposant cierge sur la face gauche du chapiteau participe à cette idée, en associant l’âme et la lumière, substances subtiles et éthérées comparables au feu et à la lumière de Dieu, dont la main apparaît au faîte de la face principale du chapiteau. L’enchaînement des livres tenus par les clercs à des hauteurs échelonnées accompagne le mouvement d’élévation de l’âme que les anges saisissent en descendant des cieux, soulignant l’efficacité des prières prononcées pour le salut du défunt. Le corps demeure quant à lui solidement ancré dans la partie inférieure du chapiteau. Le contraste se joue aussi dans l’expression du visage du mort et de son âme, car le corps arbore une moue de tristesse, les yeux clos, tandis que l’âme sourit, les yeux ouverts sur le ciel. Cette élévation hors du monde et des pesanteurs corporelles vers la main de Dieu accentue la séparation entre les deux composantes de l’Homme.