Uniformité des âmes

Motif iconographique

On trouve l’évocation des âmes sur la croix triomphale de l’abside de San Clemente al Laterano, sous une forme proche des représentations paléochrétiennes : associées au déploiement des rinceaux et de la fontaine de vie au pied de la croix, les douze colombes peuvent à la fois représenter les apôtres et les tribus d’Israël, mais aussi l’ensemble de l’humanité sauvée par le sacrifice. La colombe, outre son utilisation pour représenter le Saint-Esprit, a souvent été associée à l’âme humaine, notamment dans la Bible, où le Cantique des Cantiques y fait référence dans des invocations à l’épouse : « Viens ma colombe cachée au creux des rochers » (Ct 2,14).

La représentation des âmes sous la forme d’oiseaux identiques produit un groupe d’individus indifférenciés : il s’agit bien des âmes et non d’une seule, puisqu’ici il est moins question de souligner la singularité des êtres (quand bien même le salut est individuel) que leur union au sein de la communauté. C’est ici une évocation de la totalité du peuple de Dieu, mais aussi une référence au dialogue entre le sponsus et la sponsa de la tradition des hymnes. Ce motif représenté sur la croix de l’abside fait écho aux oiseaux en cage qui se trouvent de part et d’autre de l’arc triomphal, associés aux prophètes Isaïe et Jérémie. L’analogie entre l’âme-oiseau et le corps-cage ou prison se retrouve ponctuellement au cours du Moyen Âge, et vient ici enrichir la signification qu’on peut prêter aux oiseaux de la croix : les âmes enfermées dans l’attente du Salut (et associées à des prophètes qui annoncent la venue du Christ) s’opposent à celles, libérées, qui sont en présence du Christ. Cela ferait alors écho au psaume 91, où le verset 3 fait mention des oiseaux libérés du filet de l’oiseleur.

La représentation des âmes sous cette forme permet donc de souligner l’effet du nombre et accompagne l'évocation d'oiseaux et d'animaux paradisiaques, dont les cerfs qui s'abreuvent aux quatre fleuves du Paradis, métaphore de l'âme altérée se régénérant à la source (Ps 42). L’élection des colombes est soulignée par leur blancheur analogue à celle des brebis du registre inférieur, signe de pureté, et par leur proximité avec le Christ. Le fait qu’elles soient identiques les unes aux autres rappelle l’égalité de chacun au sein de la communauté des croyants, pour aller peut-être vers une évocation du corps mystique du Christ, constitué par l’Église et l’assemblée des fidèles. Une différence notable sépare les oiseaux de la croix et ceux qui habitent les rinceaux de l'abside : ces derniers sont colorés (on y reconnaît notamment des pies) et aucun n'est totalement blanc comme les colombes, qui représentent les âmes élues et décrivent un mouvement ascendant vers le haut de la croix généré par l’alternance de leur orientation droite/gauche.