Incorporation du fidèle au Christ

Motif iconographique

Les deux feuillets constituent des visions délimitées par une bordure formée d’un aplat de couleur pourpre. Le feuillet de gauche insiste sur le rôle de l’eucharistie dans le Salut : le fidèle suit le chemin qui le conduit à l’eucharistie. Après être passé par la Croix, le fidèle rejoint la Jérusalem céleste. L'union entre Dieu et les hommes, exprimée dans le texte du Cantique des Cantiques apparaît, ici à travers l'union du peuple chrétien dans le Christ.

Sur le feuillet de gauche, la procession commence par le rite du baptême, figuré au centre de l'image. À gauche de la cuve baptismale se trouvent trois personnages à la carnation plus foncée : ils sont dans l’attente de l’illumination du baptême, qui permet au fidèle de renaître avec le Christ et constitue le point de départ du cheminement vers le Salut. La procession se compose ensuite de quatre personnages couronnés, des apôtres, puis des saintes femmes, les premières à avoir constaté la Résurrection. Le parcours visuel abouti au calice contenant le sang du Christ que présente une personnification de l’Église, reconnaissable à la croix hampée qu’elle tient dans la main. Le Christ est représenté mort, et repose sur une croix d'or dont la couleur établit un lien visuel avec le fond d'or du feuillet de droite. La croix, instrument du Salut, apparaît ainsi comme le seul moyen d’entrer dans le royaume de Dieu.

L’idée de cheminement est rendue dans l’image par la forme hélicoïdale de la procession. La couleur jaune évoque de plus un chemin de lumière, menant au Salut. Les hommes sont d’abord situés sur un fond de couleur rouge-ocre, qui évoque la terre ; puis ils entrent dans la couleur bleue du monde céleste. Cette double page montre le cheminement du fidèle vers le ciel et l’accomplissement du Salut, grâce à l'union eucharistique avec le Christ. Le Salut, qui passe uniquement par l’Église, s’accomplit par la mort du Christ sur la croix.

Dans l’image de droite figure une autre procession, celle des élus vers le Christ. Tous les corps de la société (clercs, laïcs, hommes et femmes) y prennent part, et s’apprêtent à entrer dans le corps du Christ. Le fond d’or et les neuf chœurs angéliques qui forment la cour céleste situent la scène dans le Royaume de Dieu. Dans leur ascension finale vers le Christ, les élus avancent vers l’initiale O du début du texte — qui établit un lien formel avec le globe terrestre — : ils entrent véritablement dans le texte en partageant avec l’Époux du cantique le « baiser d’éternité ».