Suffrages

Motif iconographique

Cette scène de funérailles accompagne l'Office des Morts dans un livre d'heures. Il faut noter qu’il s'agit du seul office qui ne soit pas abrégé dans ce type de livre, ce qui signifie que le lecteur peut à tout moment le suivre en même temps que le clergé et prendre activement part au rite des funérailles. Le fidèle, représenté dans l’image par les deuillants, est donc un protagoniste non négligeable du rite.

Deux groupes distincts sont rassemblés autour du cercueil : à droite, les clercs, en habit liturgique, qui procèdent à l'aspersion du cercueil, dernière action avant la mise en terre. À gauche les deuillants, reconnaissables à leur habit : ces laïcs remplacent, à partir du milieu du XIIIe siècle, les figures plus anciennes des pleurants, héritées de l'Antiquité. Portant un costume ample qui les rapproche de l'habit monastique, ces personnages expriment une nouvelle dimension du deuil chrétien : ils constituent un groupe nettement défini qui forme un parallèle au groupe des clercs. Comme ces derniers, mais seulement de façon temporaire (le temps du deuil), ils sont en-dehors du monde ; cette qualité leur permet d'assurer la transition entre l'ici-bas et l'au-delà. Leurs larmes et l'expression méditative et intériorisée de leur chagrin leur permet de prendre activement part au rituel des funérailles. Leur action est, au même titre que les messes et les aumônes, un suffrage pour le salut de l’âme du défunt. Thomas de Cantimpré affirme au milieu du XIIIe siècle que les larmes des deuillants rafraîchissent les morts.

L'efficacité de l’action liturgique est illustrée par l'ange emportant l'âme du mort dans ses bras. Le changement de teinte du fond, doré puis bleu, exprime la sortie du monde. Les ailes de l'ange forment un bouclier qui repousse les deux démons qui tente de s'emparer de l'âme. L’ange tient en outre une croix hastée, dont l'axe répond symétriquement à celui du cercueil en bas de l'image. Cet écho entre la croix, qui est aussi celle tenue par le Christ sortant du sépulcre, et la présence du corps caché, rappelle la perspective finale de la Résurrection.