Pastorale

Motif iconographique

Les fresques de la chapelle des Espagnols, ancienne salle capitulaire du monastère dominicain de Santa Maria Novella à Florence, mettent en œuvre un programme exaltant l'institution ecclésiale et les agents qui la servent, en premier lieu l'ordre dominicain (ou ordre des frères prêcheurs), fondé par saint Dominique en 1215. Le registre au premier plan en bas à droite d'une des parois de la chapelle nous montre l'action de pastorale de trois dominicains, organisée en trois groupes renvoyant aux combats contre les ennemis de la foi chrétienne. L'idée fondamentale de combat, de lutte, parcourt ce registre et lui donne son unité : saint Dominique, à gauche, excite de sa baguette les « chiens du Seigneur », domini canes comme étaient surnommés par homophonie les dominicains, également réputés pour leur zèle. Ils attaquent les renards, ravageurs de la vigne du Seigneur (Ct 2, 15), que Bernard de Clairvaux et d’autres associaient aux hérétiques (sermons 65 et 66). Les deux autres dominicains, respectivement saint Pierre le martyr et saint Thomas d'Aquin, sont montrés en action face à des groupes composés de personnages aux tenues colorées et exotiques qui manifestent par leur gestuelle, soit leur refus de la foi chrétienne qui leur est prêchée — par le discours appuyé par les gestes et par le livre — soit leur adhésion, comme les deux Juifs convertis, représentés agenouillés et les mains jointes, ou encore l'hérétique juste derrière eux, qui déchire ses propres écrits. Les divers états spirituels de la perception humaine de la parole divine, transmise par la pastorale, sont ainsi soulignés : le refus, le doute, le questionnement, l'incrédulité, mais aussi la recherche d'explication ou l'adhésion, qui entraîne la contemplation du mystère divin et la renonciation à la fausse doctrine.