Hommage au souverain

Motif iconographique

La délégation de l'autorité dans cette image s'opère particulièrement par le phénomène de christominésis, manifestant le pouvoir de l'empereur. Il apparaît glorifié et assimilé au Christ, trônant dans une architecture supportée par deux colonnes de porphyre, vêtu de pourpre et de pierres précieuses, et tenant un sceptre et un globe crucifère, attribut traditionnellement associé au Christ. Si le type iconographique de l'empereur trônant trouve ses modèles dans l'imagerie impériale romaine, cette image est encore plus proche de celle du Christ ottonien. La pose frontale de l'empereur est quant à elle empruntée aux images sigillaires ecclésiastiques, et traduit la volonté de se faire représenter appelé par Dieu dans la charge impériale.

La christomimésis passe aussi par une décomposition du pouvoir dans l'image, entre le monde clérical et le monde laïque, symbolisé par la présence de deux personnages de chaque côté du trône qui traduisent une logique de délégation du double pouvoir. Un ecclésiastique pose sa main au niveau de l'assise de l'empereur, témoignant de la place du pouvoir spirituel accordé à l'empereur par Dieu (voir motif Délégation de l'autorité à l'empereur). À sa droite un dignitaire laïc lui touche le bras et porte son épée, qui vient se placer dans l'axe de l'orbe et renforce l'idée de défense du territoire. À l'image du Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, l'empereur est le médiateur entre le clergé et le peuple, conformément à une théorie de la royauté selon laquelle l'empereur dirige les âmes de l'extérieur, et exerce un rôle de défenseur de l’Église, contrairement aux évêques, qui dirigent les âmes de l'intérieur.

Cette scène symbolise en outre la dimension territoriale de l'exercice du pouvoir. Les quatre provinces Roma, Gallia, Germania et Sclavinia, incarnent de manière visuelle les quatre parties de l'empire ottonien. Sujets d'Henri II, elles reflètent ses prétentions territoriales, mais aussi, par la forme de la quaternité, l’universalité (supposée) de son pouvoir sur le monde chrétien. Les têtes figurées sur les chapiteaux participent aussi de cette quaternité insistante, et sont à mettre en parallèle avec la construction de la communauté ici rassemblée autour de l'empereur. La nature des présents offerts à l'empereur évoque l'abondance qui règne dans l'Empire. Rome s'avance avec un bol rempli de pierres précieuses, Gallia tient un rameau, Germania une corne d'abondance, et Sclavinia un orbe. Ce type de représentation appartient à la tradition carolingienne : on trouve déjà des personnifications couronnées tenant des cornes d'abondance dans le Codex Aureus de Charles Chauve. L’empereur est ici le gestionnaire des richesses de l'Empire plutôt que leur dédicataire.

Mayr-Harting, Ottonian book illumination, London, Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, impr 1999.

DESHMAN, « Christus rex et magi reges », fmst, vol. 10, 2010, p. 367–405.