Pouvoir des reliques

Motif iconographique

Cet objet rend compte du pouvoir des reliques à la fois par sa matérialité et par son iconographie. Les reliques des saints sont les substances matérielles qui conservent une trace de la virtus du saint (leur corps ou les objets avec lequel il a été en contact). Elles constituent des vecteurs entre le monde terrestre, où elles demeurent, et le monde céleste dans lequel se trouve l'âme élue. Le contact du fidèle avec la relique se fait principalement par la vue, et par le toucher à la fin du Moyen Âge. Les reliquaires qui les contiennent sont essentiels à la transmission de la puissance divine.

Ce triptyque appartenant à l’abbé de Stavelot était destiné à la dévotion privée. Il contient du bois de la Vraie Croix. L’instrument de la Passion est de facto l’instrument de la victoire du Christ sur la mort. L'enchâssement de plusieurs reliquaires authentifie l’origine de la relique : elle provient de Constantinople, principal pourvoyeur des reliques de Terre sainte. Cette structure instaure plusieurs stade de dévoilement, et donc de contemplation de l’objet.

L’ornementation mosane présente un cycle de l’histoire de la Croix au temps de Constantin. Les panneaux latéraux sont ornés de deux cycles narratifs qui exaltent le pouvoir de la relique, sa capacité à accomplir des miracles et à convertir. Sur le panneau de gauche on observe des scènes de la vie de Constantin. En bas la scène du songe de l'empereur, dans laquelle un ange lui promet qu'il sera victorieux par la Croix. La Croix apparaît sous une forme cosmique, qui renvoie à son statut de signe. Le bois de la Croix n’est ainsi que la forme substantielle du signe (efficace) de la rédemption. Puis, la scène de la bataille du pont Milvius démontre le pouvoir triomphal de la Croix, qui donne la victoire au roi (quasi-)chrétien. Le baptême de l’empereur par le pape Sylvestre consacre la christianisation de l’Empire romain, à tout le moins sur le plan symbolique.

Sur l’autre volet se déroule l’histoire de l’invention de la Croix. En bas, Hélène questionne les Juifs au sujet de la Croix et les menace de torture par le feu afin qu'ils lui révèlent son emplacement. Puis la Croix est exhumée, et avec l'aide d'un évêque, Hélène distingue la Vraie Croix de celles des larrons, en l’utilisant pour ressusciter un mort. Le miraculé lève les bras en signe d'adoration, démontrant l’efficacité du pouvoir rédempteur de la relique. À gauche l'iconographie insiste sur l'idée de pouvoir et de triomphe grâce la Croix, ainsi que sur le statut impérial de la relique. À droite la relique apparaît comme un moyen de Salut individuel de l'âme, en provocant l'intercession divine.

La conversion et le salut sont par conséquent les deux opérations prophylactiques dont la Croix est créditée par l’iconographie du reliquaire, qui inscrit l’invention de la Croix dans le plan providentiel de l’histoire du salut.