Re-création

Motif iconographique

La Crucifixion du codex d’Uta est représentée dans une double mandorle. Le Christ en habit ecclésiastique est dressé sur la croix et couronné dans la mandorle supérieure. Dans la mandorle inférieure, deux personnifications sont identifiées comme étant Vita (à la droite du Christ) et Mors à sa gauche. La personnification de la mort a les traits d’un cadavre pauvrement vêtu, armé d’une lance brisée et d’une faucille (première attestation de cet instrument comme attribut de la mort).

Reprenant le motif du serpent vaincu au pied de la croix, l’enlumineur du codex d’Uta a donc eu recours à une figuration humaine pour signifier la défaite de la mort. La femme au visage masqué est mordue par un surgeon à tête de lion qui émerge de la croix. Sa lance brisée plusieurs fois pointe vers son visage et semble même se retourner contre elle.

La mort fait pourtant partie de l’ordre du monde après le péché originel : à la gauche du Christ, où elle se trouve, sont déclinés plusieurs thèmes qui lui sont associés. Ainsi, c’est à gauche que se trouve, tout en haut, la lune, qui se voile le visage, la Synagogue vaincue et le Temple au voile déchiré. À droite, en revanche, du côté de la Vie, se trouvent le soleil, l’Église et la représentation de la Résurrection. L’image peut donc se lire comme la célébration, à travers le sacrifice du Christ répété par la messe, de la victoire de la vie sur la mort et du début d’une nouvelle existence. Celle-ci prend néanmoins naissance sur d’anciennes bases : l’Église fait écho à la Synagogue et la Résurrection fait face au voile du Temple, si bien que les éléments positifs et négatifs sont intégrés dans une harmonie plus large, structurée par la croix centrale, matrice originelle du monde. Cette harmonie est figurée par les diagrammes disposés dans la partie supérieure de la mandorle, sous les bras de la croix : ce sont des schémas musicaux qui relient ensemble des éléments positifs et négatifs. Ainsi, la mort est vaincue et placée, sous l’autorité du Christ, prêtre et roi, ordonnateur suprême.