Privation de la présence de Dieu

Motif iconographique

Dans cette image organisée en trois registres, l’organisation des scènes permet un effet de regards qui représente l’un des tourments infligés aux damnés : l’absence de Dieu et la prise de conscience de ce manque.

Ainsi Lazare, siégeant dans le sein d’Abraham au sein d’un Paradis ordonné et harmonieux, est vu par le mauvais riche en prière en Enfer qui regarde vers le registre supérieur. Les deux registres sont construits en oppositions chromatiques (les teintes plus douces du Paradis contrastent avec les couleurs très vives de l’Enfer) et formelles (l’âme de Lazare est légère et délicatement tirée de son corps par les anges, tandis que celle du riche se contorsionne et se débat) qui servent à définir les deux espaces pour ce qu’ils sont. Le Paradis est le lieu de la pleine présence et contemplation future de Dieu, à travers la figure du sein d’Abraham entouré par les deux rangées d’élus en prière. L’Enfer est au contraire un lieu de souffrance et de présence concrète du Mal : les démons plongés dans le feu sont contorsionnés, la bouche ouverte, à l’image des damnés. Le Diable gît enchaîné et occupe une importante partie de l’Enfer. Les damnés ne voient pas Dieu, mais sont pleinement confrontés à la présence du Diable, ce qui contribue aussi à caractériser le Paradis et l’impossibilité de représenter la vision béatifique. La souffrance exprimée par les damnés peut être lue comme une manière de représenter celle, psychique, causée par la privation de la présence de Dieu. En effet, contrairement à d’autres représentations de l’Enfer, l’artiste n’a pas détaillé les châtiments corporels qui attendent les damnés. Le feu infernal est ainsi la cause de la douleur morale et physique, à laquelle s’ajoute la connaissance de la possibilité du Salut qu’ils n’ont pas mérité durant leur existence.