Mort de l’âme

Motif iconographique

Le concept de mort spirituelle est exprimé dans cette image sur un mode non-narratif : c’est la forme du végétal, situé derrière l’ange, qui exprime la nouvelle condition de l’homme. L’arbre reproduit, en la modifiant, la forme du végétal principiel (arbre de vie) qui se trouve dans le premier panneau. Cet arbre, situé entre Dieu et Adam n’est pas ancré dans le sol et ne possède pas de racines, car son principe vital est contenu dans la disposition de ses branches qui forment un cœur. La forme harmonieuse et symétrique du végétal reflète sa nature ontologique : c’est une substance corporelle spiritualisée, c’est à dire la représentation de l’union parfaite de l’âme et du corps.

Dans le panneau de la Chute, la structure de cet arbre de vie est reprise et modifiée : sous l’effet du Péché Originel, les deux parties du végétal sont séparées. Les palmes sont implantées sur le côté du gauche du cadre tandis que le reste de l’arbre, qui contient le principe vital, s’affaisse sur lui-même. Cette séparation représente la mort physique, rupture du lien entre l’âme et le corps.

Les deux parties du végétal demeurent toutefois proches, associées visuellement par l’étalement des feuillages qui tend à les confondre en une seule forme. Les palmes ont changé de forme et traduisent un changement d’état de l’âme : sa structure reste trine, comme dans le premier panneau, mais sa forme change et se dégrade pour adopter celle du glaive brandi par l’ange. C’est ce changement de forme qui caractérise la mort spirituelle et la césure entre Dieu et l’Homme, consommée par son exil du Jardin d’Éden : l’âme perd sa ressemblance avec Dieu.