Origine du mal

Motif iconographique

Dans la chronologie, la chute des anges rebelles se situe après le péché originel, mais se déroule dans le royaume des cieux et non sur terre. Cet épisode est issu d’un agglomérat de plusieurs passages du texte biblique (notamment Is 14, 11-15, Éz 28, 1-10, et Gn 6, 1-4) et contribue à justifier l’existence du mal et des créatures maléfiques dans l’univers, qui serait ainsi dû à la rébellion des anges, et non à Dieu, qui ne peut pas être à l’origine du mal. Il fait aussi écho au combat des dieux anciens et des dieux nouveaux des religions païennes antiques. Il existe plusieurs hypothèses à propos du motif de la chute : elle serait la conséquence de l’union des anges avec des femmes mortelles ou bien à leur hubris. C’est ce mythe de la chute qui popularise le nom et la légende de Lucifer. L’adjectif lucifer, qui signifie « porteur de lumière », devient alors un nom propre, et se confond avec la figure de Satan.

Ce feuillet tiré des Très Riches Heures du duc de Berry représente l’épisode de la chute des anges. Dieu apparaît trônant dans le ciel, porté par des chérubins et des séraphins, et entouré du chœur des anges assis sur des sièges. Un certain nombre de places sont vides, desquelles les anges déchus tombent. Au centre, un groupe d’archanges envoyés par Dieu les chasse à coup d’épée et de lance. Les anges déchus se consument en touchant la surface de la terre, mais gardent leur apparence angélique. Leur gesticulation et le tournoiement des flammes rendent compte de la brutalité de la chute. Les anges franchissent la limite du ciel, quittant ainsi la présence de Dieu. Les limites du ciel et de la terre sont aussi clairement définies, montrant le changement de statut produit par la chute, et la déchéance. Lucifer a conservé son apparence princière. Entièrement retourné sur lui-même, il s’écrase sur une sphère, et vient se positionner en négatif de la figure divine.