Mal contrôlé par Dieu

Motif iconographique

La subordination du mal à Dieu se manifeste dans la composition même de cette image. Le cercle dans lequel trône Dieu passe par-dessus celui du diable. Les pieds de Dieu traversent la bordure du cercle et reposent sur la sphère du mal, renforçant ainsi sa position dominante. Le compas tenu par le Christ symbolise son rôle de créateur et d’ordonnateur de l’univers. Satan, dans la partie inférieure, est accroupi au-dessus du Léviathan, comme attiré vers le bas, ce qui renforce l’idée de hiérarchie et d’assujettissement. Les deux cercles latéraux accentuent l’idée de contrôle du mal en stabilisant la composition de l’image. Le mal est donc représenté compris dans l’univers et maîtrisé par Dieu.

Cette image représente à la fois la chute des anges et le moment situé après la transformation de Lucifer en diable. Ce dernier a ici quitté son apparence angélique et princière et se tient au-dessus de l’entrée des enfers, visage grimaçant, doté d’ailes de chauve-souris, d’un pelage, de cornes, et d’un second visage à la place du sexe, qui fait face à la gueule du Léviathan. Deux figures maléfiques sont enchaînées à ses côtés, tandis que trois anges déchus tombent, n’ayant pas encore subi leur mutation.

Cette miniature montre Satan subordonné à Dieu, et témoigne de la supériorité du bien, qui domine toujours le mal. L’agitation de la sphère du mal contraste avec le hiératisme de la figure divine adorée par des anges. Le diable est en équilibre au-dessus de la gueule de Léviathan, tandis qu’autour de lui règne l’agitation. Un rapport formel s’établit néanmoins entre le divin et le maléfique. En effet, Dieu et Satan sont situés sur le même axe médian, en position frontale, et les deux figures maléfiques du niveau inférieur font écho aux deux anges du niveau supérieur, signifiant une imitation et une perversion du bien. Satan singe ici la Maiestas Domini.

Cette image montre à travers la figure géométrique du cercle, la délimitation du champ d’action maléfique et sa place par rapport au divin.