Mal comme outil de Salut

Motif iconographique

Dans l’iconographie chrétienne, le serpent est toujours un animal connoté négativement. Dans l’épisode du serpent d’airain, raconté dans le livre des Nombres (Nb 21, 4-9), cet animal est à la fois le signe du mal et son remède. Lors de la traversée du désert, les Hébreux remettent en question l’autorité de Dieu et de Moïse. Dieu leur envoie des serpents venimeux pour les punir. Les Hébreux se repentent, et Dieu adoucit leur châtiment en ordonnant à Moïse de placer un serpent de bronze sur un bâton, souvent représenté comme une perche munie d’une barre horizontale. Les victimes des serpents sont guéries par la vue du serpent d’airain.

L’image est structurée autour du serpent d’airain, dont la puissance bénéfique contrecarre le mal. Cet épisode est compris au Moyen Âge comme une préfiguration de l’élévation du Christ sur la croix (Jn 3, 14-15) selon une lecture typologique indiquée ici par la présence d’un crucifix au-dessus du serpent. L’épisode peut à première vue sembler ambivalent, car proche des pratiques magiques, et donc en contradiction avec la lutte contre l’idolâtrie. Mais la comparaison typologique avec la Crucifixion permet de justifier l’utilisation du symbole du serpent, a priori négatif. Le serpent d’airain emprunte aussi à la mythologie phénicienne, au sein de laquelle on trouve plusieurs exemples de zoolâtrie, et aux pratiques folkloriques d’emploi apotropaïque d’animaux nuisibles. S’il témoigne d’une survivance de cultes païens dans l’Ancien Testament, Il ne relève pas de l’idolâtrie, car il s’agit d’un signum devenu une protection. Les Hébreux ne le prient pas directement, mais font appel à Dieu à travers lui.

Le châtiment et sa réparation sont ici d’origine divine. Tout le monde obéit à Dieu : Moïse qui érige le serpent d’airain, et les Hébreux qui se repentent de leurs péchés. Cet épisode montre que le bien triomphe toujours et que le mal est subordonné et permis par Dieu pour punir les hommes.